La forêt usagère est une forêt semi-naturelle entretenue par des coupes de bois encadrées par les Baillettes et Transactions et la régénération y est naturelle. Grâce à ce système, cette forêt unique a perduré jusqu’à aujourd’hui tout en ayant connu d’autres incendies. Actuellement en 2025, nous constatons partout des repousses.
Certains sont partisans de laisser le temps accomplir son œuvre avec un minimum d’intervention humaine, d’autres proposent de replanter là où la repousse semble encore déficiente, voire d’introduire en forêt usagère des espèces permettant d’anticiper le changement climatique.
Question : Entre libre évolution et reconstruction, dans quelle optique situez-vous vos propositions pour l’avenir de la forêt usagère ?
Alors, il me semble que, comme en agriculture et de façon générale, c’est avant tout le sol qui commande. Ce qui veut dire, je pense qu’à certains endroits, la régénération naturelle est possible. Je pense que dans d’autres, elle sera insuffisante. Les endroits où elle sera insuffisante, il faudra accepter de planter. Pour moi, c’est un équilibre normal si l’on veut voir demain à nouveau des pins.
Je crois qu’à certains endroits, même avec la régénération naturelle, le fait que la base pousse plus vite que le pin, un pin, s’il n’a pas de lumière, ça va être compliqué de le faire pousser, puisqu’il va falloir à un moment donné qu’il dépasse ses feuillus et qu’il pousse plus vite. Je pense que même pour la régénération naturelle, il faudra engrainer davantage.
Donc, moi, je suis assez favorable, je vous l’ai dit, aux deux systèmes: régénération naturelle et plantation, parce qu’encore une fois, je pense, c’est avant tout le sol qui commande. Et le sol, il n’est pas le même partout en matière d’expansion et de prise des cultures que l’on peut y faire.
Bon, je ne vais pas être très original sur cette question. Effectivement, nous aussi, on prévoit de, en tout cas, proposer de continuer à regarder la régénération naturelle parce qu’elle a énormément d’avantages.
Effectivement, les espèces qui sont adaptées vont pousser, elles vont prendre leur place, et elles vont permettre d’avoir cette forêt dont je parlais tout à l’heure, qui va être très résistante aux incendies avec les feuillus, mais elle va aussi être plus résistante à tout ce qui va être agression de l’extérieur, notamment en ce moment, on parle de nématodes du pin sur le sud des Landes.
Une forêt naturellement implantée va être beaucoup plus résistante à ce genre de parasites. L’autre point important, c’est que si on se dirigeait vers une régénération forcée ou, en tout cas, un peu plus industrielle, ça impliquerait de faire des amendements dans le sol.
Des amendements avec des engrais, avec des boues phosphatées, avec des choses qui ne sont pas naturellement présentes ici. Et puis, on sait que la zone, elle est utilisée, ou en tout cas, la proximité de cette zone-là, elle est utilisée pour les captages d’eau potable. Donc, amener des engrais, amener des fertilisants dans cette zone-là, potentiellement, ça pourrait avoir à court ou moyen terme un impact sur notre santé à tous, tous les gens qui buvons l’eau potable dans la région.
Effectivement, on prévoit de donner du temps. Alors, nous, on était plutôt parti sur une dizaine d’années, laisser vraiment du temps à la forêt de s’implanter, voir la diversité se mettre en place.
Et dans les zones où, d’ici une dizaine d’années, il n’y aura pas suffisamment pour cette diversité de pouvoir utiliser les pins locaux pour pouvoir faire de la régénération artificielle, mais ce ne sera vraiment qu’en dernier recours.
D’une part, aujourd’hui, on peut faire un constat : ça fait un peu plus de trois ans qu’il y a eu le feu et il y a eu énormément de repousses. Et ce qui est assez surprenant aussi, c’est qu’il y a à la fois des repousses de pins, très belles repousses, mais il y a aussi pas mal de feuillus qui ont poussé. Parce qu’on s’aperçoit qu’il y a énormément d’arbousiers, il y a les chênes qui ont repris, et on s’aperçoit qu’on voit aussi des arbres qu’on n’avait pas l’habitude de voir en forêt, des saules et autres.
Alors, pourquoi nous voyons tout cela ? Tout simplement parce que les 700 000 tonnes d’arbres que nous avons sorties de la forêt, en fait, un pin, vous le savez, en moyenne, c’est 150 litres d’eau par jour qu’il boit. Donc, forcément, ne buvant plus cette eau, elle remonte. Donc, ça nous fait sortir des plantations qu’on n’avait plus l’habitude de voir ou qu’on n’avait pas du tout l’habitude de voir. Donc, il y a aujourd’hui une régénération naturelle qui se fait, et nous serons toujours à temps. Moi, je me donne encore deux ans pour observer.
Nous serons toujours à temps puisque nous avons collecté un million de petites graines que nous avons en stock. Donc, ces graines-là, nous avons le temps de les replanter si nécessaire. Je crois que, parce qu’on le voit, oui, il y a des endroits où ça pousse énormément et des endroits où ça pousse beaucoup moins. Peut-être faudra-t-il aider ces endroits-là.
Concernant le sujet, qui est quand même quelque chose d’extrêmement complexe, puisque quand on se promène dans la forêt, on voit très rapidement, sur 400 mètres carrés, pour donner un exemple simple, vous avez une trentaine de petits pins qui sont en train de pousser et qui arrivent pratiquement à cette hauteur-là en ce moment, et tout le reste autour, sur pratiquement un hectare, vous n’avez plus un seul pin. C’est quand même très inégal, il y a une hétérogénéité dans la repousse de la forêt dans son ensemble.
Donc, ça veut dire que quelque part, on doit se poser tout de même la question de : ne faut-il pas l’aider ? C’est-à-dire participer à sa renaissance, car je suis intimement convaincu que cette forêt, elle est une globalité, elle n’est pas seulement naturelle, elle a aussi la patte de l’homme, elle est jardinée depuis des siècles.
Ça veut dire depuis 1468, 15e siècle, ça veut dire que vous avez une structure où l’homme a mis sa patte d’une manière ou d’une autre. Donc ça, on doit, de mon point de vue, continuer, on doit y réfléchir ensemble, ensemble, ce n’est pas tout seul, chacun de son côté. Il y a des ayants droit et chacun doit participer, parce que les ayants droit ont aussi le droit de participer au nettoyage qui participera à la revie de cette forêt. C’est une certitude, c’est une évidence.
Concernant les semences, j’ai entendu lorsqu’il y a eu la journée de l’usage une crainte par rapport à tout ce qui pouvait être ressemé plus tard, c’est-à-dire des essences qui ne seraient pas d’ici, qui pourraient amener de nouvelles essences, etc. Moi, je suis convaincu de ce que j’ai entendu, qu’il existe des semences qui ont été prélevées après les incendies ou avant les incendies et qui permettront de conserver ces essences de pin maritime en particulier, que nous ne pouvons absolument pas renier, bien au contraire, et qui apporteront, bien évidemment, en temps et en heure, avec une intelligence de replantation, une forêt qui aura du sens et qui ne perdra absolument pas son âme, que nous avons tous connue, que nous aimerions connaître à nouveau.
Malheureusement, j’ai bien peur que je ne la connaîtrai pas, mais j’espère pour nos enfants et petits-enfants, parce que c’est ça l’objet, c’est que la forêt reprenne, parce qu’il y a toute une logique. Quand on voit les zones humides qui se sont créées aujourd’hui, elles sont monstrueuses. Elles prennent une énorme place, ça veut dire qu’il faut recouvrer les arbres au bon endroit pour que cette forêt retrouve un équilibre.
Donc l’homme y participera, même si la nature fera très bien son office, bien évidemment. Quand je vois la faune qu’il y a aujourd’hui dans la forêt, c’est formidable. Des lièvres, je n’en avais jamais vu autant, des chevreuils, des sangliers, ce qui amène d’autres problèmes, mais les chasseurs feront le travail, je ne suis pas inquiet là-dessus. Donc je pense que là-dessus, il faut être convaincu que nous devons de toute façon trouver un équilibre entre l’arbre.
Je n’aime pas le mot reconstruction, c’est beaucoup trop bâtiment, entre guillemets. Ce n’est pas ça, c’est la nature qui travaille là. Donc on est dans une logique de faire du jardinage, moi je suis plutôt un jardinier, et c’est comme ça qu’on arrivera à redonner à cette forêt sa splendeur et ce qu’on aime dans ce patrimoine qui est le sens même de cette forêt usagère.
Alors, en ce qui nous concerne, nous, c’est le choix du pragmatisme. On rejoint un peu les collègues. Je trouve que ce qui s’est passé, malheureusement, ces incendies nous ont rappelé d’abord qu’on avait ce massif forestier à nos portes. Je crois que comme beaucoup d’habitants du Bassin, c’était tellement une évidence que je crois que certains d’entre nous l’avaient oublié. C’est la première des choses.
La deuxième chose, c’est que cette forêt, on en parle même peut-être pas assez, mais c’est d’abord un endroit en termes de biodiversité qui est juste exceptionnel. Avant l’incendie, on n’en parlait quasiment jamais. On s’est rappelé avec l’incendie quel était le caractère exceptionnel de cette biodiversité. Donc l’enjeu aujourd’hui, c’est effectivement de se positionner avec pragmatisme, laisser faire la nature là où elle va prendre vite ses droits. Et on le voit aujourd’hui, elle reprend petit à petit ses droits. Et là où c’est nécessaire, on va l’aider.
Mais ce qu’il faut éviter, c’est ce qu’on peut voir ailleurs en France et dans le monde, c’est-à-dire des plans de gestion où on replante, souvent de manière industrielle, avec des mono-essences. Effectivement, ce qu’il vaut mieux viser, c’est la diversité des essences pour éviter que ça se reproduise. Et aujourd’hui, on a des expériences dans le monde qui montrent qu’à moyen terme, à 30-40 ans, tout ça produira ses effets. Voilà, c’est notre réponse.
Oui, la repousse spontanée, c’est le meilleur des systèmes. Pourquoi ? Parce que d’abord, c’est gratuit, et puis parce que ça nous garantit la robustesse par sélection des essences et des plants qui seront les plus adaptés à l’évolution climatique et aux défis présents et futurs de notre pression climatique.
La forêt a repoussé, il y a déjà des pins de post-feu qui font presque 3-4 mètres de haut. Donc elle est réelle et la diversité des essences, elle est aussi constatable. Les forestiers nous disent qu’il faut laisser quand même tout ça reposer et qu’avant 10 ans, c’est difficile d’y voir quelque chose. Je veux bien entendre, mais c’est vrai qu’il y a des disparités, il y a des disparités fortes.
Vous avez entre Bat-Segrete, Les Bidards et Bat-du-Loup, il y a des endroits très acides où c’est difficile pour raison d’acidité aux plants de pins de reprendre. Pour moi, la priorité, c’est d’observer et de comprendre l’état du massif de façon fine, les niveaux de repousse, mais pas que, parce qu’effectivement, on manque de données, on manque de données partagées, on manque de données scientifiques, il faut améliorer notre connaissance globale.
Moi, la priorité absolue pour cette prise de connaissance, c’est l’hydrologie générale. L’hydrologie générale du massif, elle est considérable. La partie forêt usagère qui a brûlé, c’est environ 1 million d’arbres. 1 million d’arbres, ça représente 45 millions de mètres cubes d’eau en demande d’évapotranspiration à l’année. La pluviométrie sur la même surface des 3 000 hectares qui ont brûlé, c’est 25 millions.
Ça veut dire que tout le reste, c’était puisé en nappe. Ça veut dire que ces millions de mètres cubes qui ne sont plus absorbés par nos arbres, ils s’infiltrent, ils stagnent dans certaines cuvettes, les nappes ont remonté, mais plus loin. Le bassin versant, c’est vers la Teste, c’est 21 mètres de dénivelée.
Et donc, le sujet de l’hydrologie, on est encore bien loin d’en avoir compris toutes les conséquences. Il y a des effets qu’on ressentira pendant encore des années et des années. Et moi, je plaide pour une étude globale d’hydrologie de l’ensemble du secteur.
C’est indispensable pour comprendre, parce qu’effectivement, les pieds dans l’eau, les pins ne repousseront pas. C’est très bon pour les libellules ou pour une certaine catégorie de biodiversité, mais il y a aussi un vrai enjeu de sécurité, non seulement pour Cazaux, mais jusqu’à la Teste.
